
Un soleil de Janvier, pâle comme la lune, se lève au dessus des marais lorsque l'homme pousse sa barque pointue à l'eau. L'embarcation glisse en silence à travers les roseaux en veillant à ne pas perturber la nature qui s'éveille. Il se fraie un chemin à travers les roubines.
Autour de lui, le marais palpite. Il le connait parfaitement. Ici, la surface se trouble au passage d'une couleuvre à collier, là, ce sont des colverts qui fouillent le tapis d'algues. Sur les berges, il y a un mouvement furtif au milieu des joncs. C'est un ragondin. Le sagneur enfonce sa perche dans la vase et avance pour rejoindre son tal, son lieu de travail.
Chaussé de cuissardes, il descend dans l'eau froide et coupe à l'aide d'un sagnadou (faucille montée sur manche) la sagne fine et drue qu'il peigne en gerbe. Les paquets s'entassent dans la barque. Lorsqu'elle est pleine, il transporte sa récolte sur un bateau plus gros, la bête où il triera les bottes.
Le phragmite australis, appelé généralement roseau ou sagno en provençal est un végétal aquatique exploité dans le monde entier jusque sur les rivages du lac Titicaca. Il est utilisé dans la conception de cellulose, pour les couvertures en chaume, les nattes tissées, les armatures et devient même une source énergétique. Ses qualités sont exceptionnelles. Rigidité. Robustesse et légèreté. Inaltérabilité à l'eau. C'est en outre un bon isolant phonique et thermique.
La Camargue est la plus grande roselière de France et bien que les bergeries camarguaises rondes et blanches, coiffées de chaume, disparaissent, la production se poursuit et l'essentiel est expédié en Grande-Bretagne, en Belgique ou aux Pays-Bas.
Lorsque le soleil plonge dans le marais, le sagneur rentre chez lui, fourbu d'être rester courbé toute la journée mais heureux de sa vie au grand air.

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